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Homélie du 28ème dimanche du temps ordinaire
11 octobre 2026

La parabole des invités au festin de noces met souvent mal à l’aise les lecteurs d’aujourdhui. La réaction du roi qui pique une colère noire, brûle la ville des premiers invités, puis fait jeter un homme pieds et poings liés dans les ténèbres extérieures simplement pour défaut de vêtement semble disproportionnée, voire violente.
Pour bien comprendre cette réaction et ce que Jésus cherche à enseigner, il faut la replacer dans son contexte littéraire et symbolique :
Dans les paraboles, Jésus utilise souvent des figures de style outrées (des exagérations ou des images choc) pour marquer les esprits. Le roi représente Dieu (ou le Père céleste), et le festin représente le Royaume des cieux, c’est-à-dire le bonheur suprême offert à l’humanité.
Le refus violent des premiers invités (qui tuent même les serviteurs) reflète le drame du rejet des prophètes par une partie d’Israël, et la destruction de la ville évoque la chute de Jérusalem.
La colère du roi traduit la gravité divine du refus : rejeter l’amour de Dieu et son invitation au salut n’est pas une simple « politesse manquée », c’est un refus radical de vie et de communion proposées.
Le passage le plus troublant est celui de l’invité jeté dehors parce qu’il n’a pas de vêtement de noce, alors même qu’il vient d’être ramassé en urgence au coin des rues. Comment pouvait-il être habillé convenablement ?
Dans l’Antiquité, lorsqu’un roi donnait un grand banquet de noces, il était fréquent qu’il fournisse lui-même les habits de fête à l’entrée de la salle pour tous ses hôtes, afin que tout le monde soit vêtu dignement et de façon égale (qu’on soit riche ou pauvre, propre ou couvert de boue). Cet invité, ramassé au coin d’une rue, a accepté d’entrer…mais sans vouloir changer d’habit. Il est entré dans la salle de bal avec ses oripeaux de route, sa boue et ses vieilles habitudes.
Refuser ou négliger de porter ce vêtement offert par le roi, c’est manifester du mépris, de l’orgueil ou de l’autonomie excessive : « Je viens à ta fête, mais je veux rester tel que je suis, sans me laisser transformer par toi ».
Derrière cette image rude, la parabole nous adresse plusieurs messages profonds :
Le Royaume de Dieu est ouvert à tout le monde (les bons comme les mauvais ramassés sur les routes). Personne n’est exclu d’avance. Mais entrer dans ce Royaume demande une conversion. L’appel est universel, mais exigeant.
Répondre à l’appel de Dieu ne se fait pas superficiellement. Il s’agit de se laisser « revêtir » de la grâce, de la justice et de l’amour du Christ (comme le dit souvent saint Paul : « revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ »). On ne peut pas prétendre entrer dans la joie de Dieu tout en gardant des attitudes de violence, de fermeture ou de suffisance. Le « vêtement de noce » symbolise la transformation intérieure. Dieu invite, mais l’homme reste libre d’accepter ou de rejeter les conditions de cet amour.
En clair, la réaction du roi ne parle pas d’un Dieu tyran ou capricieux, mais de la portée infiniment sérieuse de notre liberté face à l’amour de Dieu : on ne peut pas forcer la porte du Royaume en refusant d’en épouser l’esprit.
Le Seigneur ne cherche pas à nous exclure ; il nous supplie de nous laisser transformer pour goûter dès aujourd’hui, à la vraie joie de sa fête. Amen.
P. Simon Mahoungou.