
Homélie de la Toussaint 2026
Frères et soeurs,
En ce jour de la Toussaint, l’Église nous propose d’honorer la foule innombrable et anonyme de ceux qui, ayant achevé leur parcours terrestre, partagent désormais la vie, le bonheur, la sainteté de Dieu. Ils sont infiniment plus nombreux que ceux que l’Église honore nommément comme témoins exemplaires de la foi, après les avoir béatifiés ou canonisés. Saint Jean nous le dit dans sa vision que c’est une « foule immense, que personne ne pouvait compter, de toutes nations, tribus, peuples et langues ».
Cette foule immense, ce n’est pas une élite fermée, un club très sélect de super-chrétiens ou de parfaits héros. C’est la diversité magnifique de l’humanité tout entière sauvée par amour. Saint Jean nous montre des gens ordinaires venus de tous les horizons. Ce sont nos frères et soeurs en humanité qui ont atteint le but. Et si cette foule est innombrable, c’est bien pour nous dire que la sainteté est la vocation de tous, et que la porte du Ciel est immensément grande. La Toussaint est donc notre fête à tous. Ce ne sont pas seulement quelques privilégiés, c’est l’humanité tout entière sauvée qui se tient debout devant le trône de Dieu.
Au coeur de cette vision de Saint Jean, il y a un détail qui peut nous heurter ou nous surprendre : ces personnes portent des robes blanches, et pourtant l’ange précise qu’elles les ont « blanchies dans le sang de l’Agneau ». Or, dans notre logique humaine, le sang tache, il salit, il est le symbole de la violence ou de la souffrance. Mais ici, le « sang de l’Agneau », c’est le symbole du don total du Christ (l’Agneau), de sa miséricorde infinie offerte sur la croix. La couleur blanche, représente la pureté retrouvée, la sainteté et la victoire sur la mort et le mal.
Blanchir sa robe dans le sang de l’Agneau, ce n’est pas porter les stigmates d’un exploit, c’est se laisser réconcilier par Dieu. Les saints ne sont pas des gens qui n’ont jamais péché ou qui n’ont jamais connu la détresse ; ce sont des hommes et des femmes qui ont reconnu leurs fragilités, qui ont traversé leurs épreuves (« la grande épreuve ») et qui ont accepté d’accueillir le pardon de Dieu pour laisser leur vie transformée par son amour. Être saint, c’est laisser Dieu nous aimer et reconnaître qui nous sommes : des enfants bien aimés. Dès maintenant, nous dit saint Jean : « nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». La Sainteté est un chemin en devenir. Elle se déploie à mesure que nous laissons l’amour de Dieu façonner notre coeur, dans l’espérance d’être un jour pleinement semblables à Lui.
Cette sainteté est de l’ordre du pardon et de la grâce. Les Béatitudes nous montrent concrètement à quoi la sainteté ressemble au jour le jour. Dans les béatitudes, Jésus ne nous donne pas un code pénal, ni une liste des interdits. Elles ne sont pas un code de lois écrasant, mais le portrait de ce que devient une vie branchée sur l’amour de Dieu : des coeurs doux, miséricordieux, assoiffés de justice, artisans de paix.
En ce jour, en regardant cette foule immense des saints, nous comprenons que la sainteté est à notre portée. Elle ne demande pas d’être irréprochable par nos propres forces, mais d’avoir l’humilité de tendre nos vies vers la source de la miséricorde divine.
Que cette eucharistie ravive en nous le désir de la sainteté, non pas comme un poids, mais comme l’aventure joyeuse d’enfants de Dieu qui se laissent guider par les Béatitudes. Amen.
P. Simon Mahoungou.

