Scroll Top
Logo homélies

Homélie du dimanche 22 juin 2025

La liturgie de ce jour nous donne à entendre le récit de l’une des multiplications des pains que nous relate l’Évangile. Elle aurait également pu nous proposer le discours sur le Pain de Vie que nous trouvons au chapitre 6 de l’Évangile de Jean : « Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas ».
Et puis il y a bien sûr les développements théologiques de Saint Thomas d’Aquin qui, à travers les notions de « substance » et d’« accident », nous introduit dans le mystère de la présence réelle de Jésus-Christ, dans le pain et le vin consacrés.
Il y avait tant à dire, que j’ai choisi d’être bref….
Quitte à pratiquer le contre-pied, autant y aller jusqu’au bout. Ainsi, pour le premier point de mon propos, je ne vais pas me référer aux paroles de la consécration que vous connaissez par cœur, parce que le prêtre les prononce à haute voix, mais à une petite phrase que le diacre ou le prêtre qui prépare les offrandes prononce à voix basse : « comme cette eau se mêle au vin, puissions-nous être uni à la divinité de celui qui a pris notre humanité ».
Cette courte prière, sans doute parce que je suis diacre du diocèse de Lyon dont il fut le deuxième évêque, me renvoie à la pensée de Saint Irénée, Père de l’Église et docteur de l’unité : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu »
Pour Irénée, Dieu, en s’incarnant en la personne de son fils Jésus Christ, n’est pas seulement venu nous libérer du péché dont nous étions marqués depuis la chute originelle. Si tel était le cas, cette incarnation serait en quelque sorte un plan B que Dieu aurait été contraint de mettre en œuvre pour reprendre en main une situation qui lui échappait.
Irénée nous dit au contraire que cette incarnation était prévue de toute éternité. Grace à la nouvelle connaissance que l’incarnation lui communique sur sa vraie nature, l’homme peut franchir une nouvelle étape dans ses rapports avec Dieu. Il sait avec clarté qui il est, parce qu’il voit Celui à l’image et à la ressemblance de qui il a été créé.
Ainsi, la venue du Christ en notre monde fait pleinement partie de la pédagogie de Dieu qui, depuis les origines, dévoile petit à petit à l’humanité, à hauteur de ce qu’elle est capable d’entendre et de saisir, quel est le chemin de croissance qu’elle doit emprunter pour avoir la vie en plénitude.
En confiant à l’Église le sacrement de son corps et de son sang, Jésus lui confie une Trésor. Bien plus qu’une simple Icône de notre Dieu, à l’image et à la ressemblance duquel nous avons été créés, il s’agit de la force qui nous aide à progresser dans cette ressemblance.
Alors oui, qu’en communiant au corps et au sang du Seigneur, nous soyons toujours davantage unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité et que, comme nous le chantons, nous devenions ce que nous recevons, nous devenions le corps du Christ.
Le Concile Vatican II dans la constitution dogmatique sur l’Église « Lumen Gentium », mentionne : « L’Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne »
J’aimerais m’attarder quelque instant à cette formulation.
Ce n’est pas à vous qui vivez au pied des montagnes, que je vais apprendre ce qu’est un sommet, et la préparation qu’il faut consentir pour le gravir. S’agissant du sacrement de l’eucharistie, la préparation ne se fait pas à marche forcée, ou par un volontarisme forcené. Il faut du temps, de la persévérance et de la disponibilité pour entrer dans l’intimité de Celui qui vient nous rejoindre, et se donne en nourriture.
Cette intimité peut s’épanouir dans la simplicité.
Le Saint Curé d’Ars raconte qu’un de ses paroissiens ne passait jamais devant l’église sans y entrer. Le matin quand il allait au travail, le soir quand il en revenait, il laissait à la porte sa pelle et sa pioche, et il restait longtemps en adoration devant le Saint Sacrement.
Intrigué, Il lui demanda ce qu’il disait au Seigneur au cours de ses longues visites. Le paroissien lui répondit : « Monsieur le Curé, je ne Lui dis rien, je L’avise et Il m’avise. Je Le regarde et Il me regarde ».
Ceux d’entre vous qui ont eu la chance d’aller en Terre-Sainte ont sans doute été surpris, comme je l’ai été, de constater que le désert du Negev était parsemé d’îlots de verdure, qui se développent là où jaillissent des sources, et le long des ruisseaux auxquels elles donnent naissance. Ce jaillissement de vie est aussi improbable que la profusion, dans un lieu désert, de pains et de poissons, qui permet aux disciples, selon les instructions de Jésus, de nourrir cinq mille hommes.
Le psaume 86 nous dit : « en toi, toutes nos sources ». Oui dans l’eucharistie, comme le dit le concile Vatican, se trouve la source de notre vie.
Mais que signifie cette source pour moi. Quelles sont mes sources ? En quoi l’eucharistie est-elle une source pour moi ? Quels sont les domaines de ma vie qui en sont irrigués ? Quels sont ceux qui demeurent arides et qui doivent encore être défrichés et fertilisés.
Voilà bien des questions qui peuvent nourrir notre réflexion, afin de ne jamais nous habituer, jusqu’au point d’en être blasés, du don qui surpasse tous les dons, que le Seigneur nous fait en nous conviant à la table où il se donne en nourriture. Amen.