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Homélie du dimanche 13 juillet 2025

Ce passage de l’Evangile, nous fait assister à un débat entre deux rabbis, deux rabbins ; Jésus et un docteur de la Loi. Débat autour d’une question « que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Il nous faut déjà bien comprendre la question : En Français, l’expression « vie éternelle » évoque surtout une notion de durée, au risque que cela devienne un peu ennuyeux. Mais dans la langue du Nouveau Testament, en Grec, l’expression évoque l’idée d’une vie riche, savoureuse, autant qu’une notion de durée. Il serait peut-être plus juste de traduire par « que dois-je faire pour être heureux ? »
C’est la grande question de nos existences… Pour y répondre, Jésus et le docteur de la loi, sont d’abord : Pour être heureux, il faut aimer, entrer dans le mouvement de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même»
Aimer le Seigneur, c’est à dire Celui qui est la source de toute existence, de toute vie, Celui qui inlassablement ouvre un avenir… et aimer son prochain comme soi-même.
Je pense que nous pouvons tous être d’accord là-dessus : La clé du bonheur, c’est l’amour ! Les difficultés, elles viennent dans la réalisation pratique. D’où la question du docteur de la Loi : « Et qui est mon prochain ? »
Il est probable qu’à l’époque de Jésus, cette question était déjà l’objet de débats entre rabbis et dans la société juive : Est-ce que je dois aimer uniquement mon compatriote juif, ou est-ce que je dois aimer aussi les gens des autres peuples ? La controverse est toujours très actuelle : pour être heureux, le prochain que je dois aimer, dont je dois prendre soin, est-ce qu’il s’agit de ce qu’on appelle couramment « mes proches », c’est-à-dire ma famille et mes amis ? Ou s’agit-il des gens de mon quartier, de mon village, ou encore des gens de mon pays, ou de ceux qui partagent la même religion que moi ? Qui est ce prochain à aimer comme soi-même pour être heureux ?
Pour répondre, Jésus raconte une petite histoire qui ressemble à la vraie vie : Sur ce chemin de l’existence, il y a des voleurs, des violents, de la malhonnêteté… et j’en suis parfois. Il y a des coups, des blessures, des vies abîmées… Sur ce chemin de l’existence, il y a de l’indifférence, du chacun pour soi : c’est plus simple de détourner le regard… Et puis j’ai autre chose à faire, je suis pressé… Mais sur ce chemin de l’existence, il y a aussi des inconnus qui s’arrêtent, qui prennent soin de moi, de mes blessures, me confient à d’autres, m’insèrent dans une chaîne de solidarité…
Jésus raconte cette petite histoire qui parle de notre quotidien, et dans cette histoire, celui qui s’arrête, qui soigne, c’est un Samaritain, c’est à dire un étranger et en plus un hérétique d’une autre religion ! Manière pour Jésus de dire que le prochain à aimer pour être heureux, c’est celui que je croise sur la route, connu ou inconnu, quelle que soit sa nationalité, quelle que soit sa religion, quelle que soit sa classe sociale…
Et puis Jésus opère un autre retournement : Il demande « qui a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » C’est à dire que le Seigneur m’invite d’abord à me considérer comme cette personne blessée, et à me demander qui sont ceux qui ont pris soin de moi ? Qui sont ceux qui ont pris soin de moi ?
En relisant ma propre existence, je pense bien sûr à mes parents… Et puis il y a eu ce professeur de math, qui m’a marqué, il était Tunisien et musulman… Il y a aussi eu cette psychothérapeute, athée, qui a vraiment su m’accompagner… et encore ces inconnus, croisés de manière improbable, et qui sont devenus mes amis… Et puis il y a le Seigneur, lui-même si proche, et en même temps tellement étranger, mystérieux…
Le Seigneur m’invite à reconnaître la grande diversité, de ceux qui prennent soin de moi, de ceux qui m’aiment, d’une manière ou d’une autre, la grande diversité ce ceux de qui je reçois mon bonheur, et il me dit « Va, et toi aussi, fais de même. »